Le Scarabée
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Alors, elle est bonne ?

par ARNO*
mise en ligne : 19 août 1998
 

Ben, au début, elle est un peu froide, mais une fois qu’on est dedans, ça va mieux.

Hier, comme l’actualité mondiale était du genre bite-con-nichons, je me suis dit que ce serait TF1 qui en parlerait le mieux. J’ai donc regardé le J.T. du grisonnant de service de la Une (comme il s’appelle, celui-là ?) pour savoir si, oui ou non, alors elle est bonne ?

Je me suis installé devant ma ch’tite télé avec un paquet de chips et du sirop de cassis pour suivre l’événement. Tout cela exhalait un parfum de pré-adolescence charmant, quand on découvre la vie et qu’on demande aux copains « alors, hein, hein, vous l’avez fait avec Véronique ? », « c’est vrai, il paraît que Trucmuche l’a fait avec la prof de math ? », « tu lui as touché les seins ? », « c’était comment ? ». Hier, dans la cour de récré, la planète entière assaillait le jeune Clinton : « alors, hein, hein, tu l’as fait ? ».

Je n’ai pas gâché mon plaisir, donc, au spectacle de la haute politique ramené à un touche-pipi pré-pubère. Le pied ! Je n’ai pas l’habitude des plateaux-repas devant le journal télévisé, mais pour l’occasion j’ai suivi le 20 heures comme d’autres organisent une soirée de coupe du monde. Pour un peu j’aurais invité les copains et on se serait commandé une pizza et des bières.

J’ai bien fait de préférer TF1, c’était le grand show, avec envoyés spéciaux, experts (experts ès quoi, d’ailleurs ?), témoignages de ricains et tous le tintouin. Grandiose. Et surtout les commentaires moralisateurs du présentateur grisonnant (mais flûûûte, c’est comment, déjà, son nom ?).

Quand il a, avec un ton que tu le crois pas tellement le gars avait l’air outré, insisté sur la phrase « avec une jeune femme à peine plus âgée que sa propre fille », là j’ai craqué : j’ai tellement ri que je m’en suis fait pipi dessus. Ah la vache ! Le con ! La morale à trois francs six sous de la concierge télévisuelle, c’est pas croyable ! Hé, coco, dans quel monde tu vis ? Je te conseille « Les Musclés », tôt le matin sur TF1, sitcom pour jeunes pré-mongoliens, où cinq vieux schnocks (les Musclés) passent leur temps à se taper des minettes « à peine plus âgées que leurs propre filles... »

Mais on a eu droit à d’autres commentaires surréalistes. Ainsi Clinton, reconnaissant qu’il a menti sur sa vie privée, s’en trouverait-il discrédité sur toute sa ligne politique. Là, ce n’était plus TF1, c’était « Oui-oui au pays magique des hommes politiques » (oh, le vilain menteur). Sérieusement, la dernière chose que le peuple (même américain) attend d’un homme politique, c’est bien qu’il ne mente jamais : Mitterand et Chirac auraient été destitués au bout d’une semaine, d’ailleurs on les aurait jetés en prison au seul motif de leurs programmes de campagne ! « Il a menti au peuple américain.... », la belle affaire. Y’a vraiment que sur TF1 qu’on peut croire qu’on devient Président des Etats-Unis sans jamais mentir (ou présentateur du journal télévisé sans jamais monter d’interview bidon de Fidel Castro).

Et il paraîtrait encore, tenez-vous bien, que cette affaire est typiquement anglo-saxonne, qu’en France tout le monde s’en fiche, des m˛urs du Président, que nous on s’en fout. Bien tiens. C’est oublier que Mazarine fut le secret d’état le mieux gardé de l’ère Mitterand, et qu’un certain nombre de barbouzes furent chargés de protéger, avec une efficacité digne des meilleurs régimes totalitaires, la vie privée du cher grand homme. Et depuis que je fais le site Elysee.org, on me tient régulièrement informé des maîtresses supposées de Chirac ; on recherche les raisons sérieuses (objectives et politiques) pour lesquelles il est clair que Chirac est un menteur inconstant et inconsistant, et tout ce qui passionne le lecteur, c’est de savoir avec qui il couche. C’est sûr, les Français se contrefoutent des petites culottes de la politique...

Tout à pour dire qu’hier, sur la Une, c’était un festival, c’était grandiose, c’était beau comme un lever de quéquette au petit matin sur les rizières. De l’info comme je l’aime, objective et vitale, avec ses experts qui s’y connaissent, ses témoignages-trottoirs qui vous touchent l’âme et ses envoyés spéciaux qui résument l’essentiel en quelques mots. C’était, tout simplement, là sur l’écran, comme une image du bonheur.

Les Nuls avaient raison : le bonheur, c’est simple comme un coup de pine.

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