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Polygamie, un scandale bien préparé

par ARNO*
mise en ligne : 26 avril 2010
 

Pour une fois, je n’ai pas eu de mal à retrouver un email : le mot « polygamie », je ne l’utilise pas tous les quatre matins... Alors une recherche rapide dans mon courrier électronique m’a illico ressorti ce que j’ai envoyé à des copains il y a exactement un mois :


Au pifomètre, les prochains thèmes pour faire chier le musulman :
— la polygamie,
— la racaille de 8 à 13 ans.

Et ce week-end, nouveau « scandale » lancé par les déchets qui nous servent de gouvernement, lié comme par hasard à la « dynamique d’invasion des burqas » : la polygamie !

Je me demande vraiment comment les journalistes font pour toujours tout découvrir avec plusieurs semaines de retard sur le moindre utilisateur de Google.

Libération, aujourd’hui, démarre assez bien son papier, en marquant une certaine défiance quant au timing, avant d’accepter malheureusement d’entrer dans le « débat » fixé par Brice :

Pour une coïncidence, c’est une coïncidence. Mercredi, le gouvernement annonçait sa décision d’interdire le port du voile intégral dans tout l’espace public. Le lendemain, une jeune femme de 31 ans indiquait à l’AFP avoir écopé, début avril, d’une amende de 22 euros pour « circulation dans des conditions non aisées », car elle portait le niqab au volant. Vendredi, le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, révélait que « l’individu présenté comme le conjoint de cette femme », Liès Hebbadj, né à Alger et naturalisé français en 1999, « appartiendrait à la mouvance radicale du tabligh et vivrait en situation de polygamie, avec quatre femmes dont il aurait eu douze enfants ». Chacune « bénéficierait de l’allocation de parent isolé » et « porterait le voile intégral ».

Notez l’introduction d’un mot nouveau, « tabligh » ; technique de comm qui, comme avec « abracadabrandesque », vous assure un buzz médiatique immédiat : ça permet au journaliste de faire un petit encadré recopié de Wikipédia, et tout de suite ça fait drôlement intelligent.

Après l’intertitre « Qui est Liès Hebbadj ? » (j’aurais aimé un « Qui est Brice Hortefeux ? »), on apprend :

Les RG le suivent depuis des années.

Et, plutôt que de dire ce qui relève pourtant de l’évidence (le scandale médiatico-politique repose tout entier sur une seule source d’information : une fiche des RG complaisamment diffusée par le ministère de l’Intérieur), les journalistes préfèrent citer un témoignage anonyme, recueilli « sur le parvis de la mosquée » :

« Qu’on sorte si vite tant de prétendues informations, polygamie, fausses déclarations à la CAF, c’est comme si c’était préparé. C’est politique. »

Ensuite l’article sombre, reprenant terme à terme le débat débilitant tel qu’il a été fixé par l’éminent ministre : « Que dit la loi française sur la polygamie ? », « Dans quels cas peut-on perdre la nationalité française ? », « Le code civil va-t-il s’enrichir d’un nouvel article ? ».

Seul un encart en colonne de droite permet de deviner que le thème est déjà prévu de longue date : une citation de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, en juin 2006 :

« Que dire des indulgences coupables qui ont trop longtemps conduit à tolérer les pratiques les plus contraires à nos valeurs ? Que dire d’un pays qui compte environ 20 000 familles polygames, ce qui représente environ 120 000 personnes ? »

Et Libé d’espérer :

Cette affaire qui paraissait une aubaine pour la droite […] tourne à la polémique.

Faut-il être naïf !
— Pourquoi voudriez-vous que ce « sujet » puisse être autre chose qu’une « polémique » ? Vous croyez qu’Hortefeux lance sa lettre de délation en espérant autre chose qu’une polémique ?
— Comment peut-on imaginer que le système néo-conservateur de Nicolas Sarkozy, entièrement consacré à l’enfumage médiatique, soit incapable au point de laisser un « événement » préparé de longue date lui échapper en moins de 48 heures ?
— Comme peut-on écrire que la droite perd une telle manœuvre de communication, alors même que l’article « de fond » reprend, têtière après têtière, les termes mêmes imposés par le ministère de l’Intérieur ? Même les blogueurs reprennent ces termes les uns après les autres.

Pour illustrer ce point, imaginons que je sois un ministre un peu nazi sur les bords, souhaitant faire monter la sauce antisémite dans l’opinion. Je n’attaquerais pas de front, mais je balancerais un truc du genre : « Je me demande si le judaïsme est compatible avec les valeurs républicaines. Je pose la question, je n’ai pas la réponse, n’est-ce pas, mais je crois que la question se pose. »
— Illico, les blogueurs se lanceraient dans une vaste démonstration : « Mais si, le judaïsme est compatible avec les valeurs républicaines, et voici pourquoi. »
— Les « news magazines » hebdomadaires, avec une facilité déconcertante, feraient des couvertures sensationnelles sur différentes variantes : « Les Juifs en France, ce qu’ils veulent vraiment », « Les juifs : leurs réseaux occultes, leurs soutiens dans l’État » ; « Le judaïsme est-il compatible avec la République ? Notre dossier, nos réponses » ; « Les Juifs et les francs-maçons : est-ce qu’ils menacent nos valeurs ? » (sans oublier « Carla se confie : “dans cette polémique, on a été injuste avec mon mari que j’aime” »).
— L’opposition parlementaire s’insurgerait : « Il ne faut pas partir de cas particuliers pour généraliser à l’ensemble des juifs de France, qui pour la plupart sont bien intégrés et tout ça. »
— Et la presse quotidienne titrerait : « Polémique autour de la compatibilité du judaïsme avec la République ».

Mission réussie, le message et le questionnement antisémites seraient parfaitement passés. Il me suffirait de relancer une autre polémique à la con dans les semaines suivantes pour entretenir la flamme (faut-il réglementer l’implantation des synagogues, faut-il interdire l’utilisation de l’hébreu dans les lieux publics — Mélanchon, mon opposant le plus virulent, admettrait qu’il se sent exclu de sa propre République quand on parle une langue qu’il ne comprend pas dans la rue). Et Libération, qui trouve légitime aujourd’hui de consacrer un intertitre à une question qui ne se pose même pas : « Dans quels cas peut-on perdre la nationalité française ? », finirait tôt ou tard par renseigner ses lecteurs : « Dans quelles conditions, comme l’a suggéré monsieur Pierre Laval, peut-on dénaturaliser les Juifs français ? ».

Mais revenons à l’affaire de notre fort opportun « polygame » et l’émergence « surprise » de ce thème. L’objet de ce billet est d’indiquer qu’il ne s’agit en rien d’une « aubaine », au sens « avantage inespéré », que cela n’a rigoureusement rien de fortuit, et que ce nouveau thème était dans les tuyaux depuis un moment.

Le 22 mars dernier, le Bondy Blog évoque une rumeur : dans le prochain remaniement ministériel, Fadela Amara aurait pu être remplacée par « une femme du 9-3 », Sonia Imloul. Chez Bondy-Truc, on semble vouloir opposer une Rama Yade, trop bourgeoise (« [elle] n’est que du 9-2 ») à une femme beaucoup plus « populaire » :

Cette femme de 36 ans, non mariée, mère de deux enfants, habite un appartement au 16e étage d’une tour du quartier de La Courtille, à Saint-Denis (93). Candidate Nouveau Centre aux élections européennes de 2009, elle est chargée de mission « action sociale » à la Délégation interministérielle à la ville (DIV) – Fadela Amara est sa patronne – et fondatrice de l’association de prévention de la délinquance des mineurs Respect 93, créée en 2004, pour venir en aide aux enfants en difficulté.

MonDrancy présentait un CV tout de même moins popu en février :

La Dyonisienne, diplômée, chercheuse à l’Institut Montaigne, membre du Conseil économique et social et membre exécutif de la fondation HSBC...

La rumeur quant au remplacement de Fadela Amara suggère la recherche de nouvelles thématiques. Après la dénonciation des putes soumises, il faut trouver du neuf. Et le créneau de Sonia Imloul, c’est :
- les petites racailles à partir de 3 ans,
- la polygamie.

Ne pas compter, tout de même, sur une ouverture alter-gaucho-je ne sais quoi. Sonia est plutôt moins à gauche qu’Eric Besson, et plutôt du genre à faire plaisir.

En 2006, Sarko reprend un rapport de l’INSERM pour proposer le tatouage des enfants turbulents à partir de 3 ans. Polémique à la con, évidemment, qui ressort pourtant en janvier 2008 dans le Figaro sous le titre surréaliste « Ces minicaïds qui sèment la terreur dès la maternelle » :

Pour Sonia Imloul, issue de l’immigration algérienne, le dépistage si contesté de la délinquance avant trois ans, qu’avait suggéré Nicolas Sarkozy, est la mesure d’urgence à adopter. « Les gens qui sont contre ne savent pas de quoi ils parlent », affirme-t-elle. Le signal d’alarme, selon elle, devrait être tiré dès la maternelle. « Oui, on sait dans la cour de récré lesquels vont devenir délinquants, dépressifs ou tenter de se suicider ! », assure-t-elle.


La mention « issue de l’immigration algérienne » est totalement farfelue ici, puisqu’elle ne permet pas de justifier d’une quelconque compétence quant au sujet traité. La seule compétence que je peux trouver, dans l’esprit d’un article du Figaro :
— les comportements déviants chez les enfants de la maternelle concerneraient directement des enfants eux-mêmes « issus de l’immigration », ce qui vous ramène les considérations pédo-psychologiques du rapport initial de l’INSERM à un niveau particulièrement bas ;
— regardez, même une femme « issue de l’immigration » est d’accord avec le raïs...

Thème développé dans un second article du même jour, « Le dépistage précoce de la violence fait des adeptes ». Après le vernis social :

Selon cette jeune femme qui a travaillé à la Délégation interministérielle à la famille, « il faut enfin s’attaquer aux causes les souffrances sociale, familiale et psychique et non plus aux conséquences, si l’on veut enrayer cette délinquance. » « Derrière chaque enfant violent, il y a une famille, dit-elle. Or dans les banlieues, on est les oubliés de la politique familiale. Nous sommes des mères de quartier, des enfants de quartier, jamais des familles ou des individus normaux. Est-il normal que la seule politique familiale à laquelle on ait droit soit la prévention de la délinquance ? »


arrive la punition (suspension des allocs). Pas de carotte, juste du bâton :

Comme elle, d’autres acteurs de terrain estiment qu’« il faut définitivement faire signer un contrat d’intégration à ces familles », instituant « des devoirs et des obligations », avec à la clé « des sanctions » comme la suppression ou la suspension des allocations familiales : « Il n’y a que ça qui marche », confie un éducateur de rue qui intervient depuis des années à Vaulx-en-Velin et Villeurbanne, dans la banlieue de Lyon.

La même façon de se présenter sous des atours popu, de se donner un alibi social avant d’appeler à la revendication sécuritaire purement sarkozyste apparaissait déjà dans une interview de La Croix en 2005 :

« Ces familles se sentent abandonnées, de seconde zone, témoigne encore Sonia Imloul. Les services sociaux n’interviennent que dans l’urgence. La plupart des enfants échappent à la protection de l’enfance. Les familles échappent à la protection tout court. » Quand elle appelle la police, Fatima dit qu’elle attend « quatre heures qu’ils arrivent ». La mère de famille tempête : « Pourquoi n’installent-ils pas un commissariat au cœur de la cité, au milieu des tours ? Pourquoi n’avons-nous pas le droit d’être protégés, comme tous les Français ? »

Rhétorique dangereusement progressiste concrétisée par la sortie d’un bouquin en 2008, « Enfants bandits ? La violence des 3-13 ans dans les banlieues », qui lui vaut une fiche promo dans C-à-dire sur France 5. (Je rentre du jardin public et là, je peux vous dire que même dès deux ans, voire 18 mois, les gamins d’aujourd’hui, ils te me vous sortent le couteau pour vous racketter un biberon de lait.)

Est-ce que ce genre de conneries prend ? Oui. Là tout de suite, 200 articles sur Google News répondent à la recherche « suppression des allocations familiales » et correspondent à une des nouvelles lubies/polémiques gouvernementales.

Accessoirement, notons que la dame a aussi une analyse pas du tout originale sur la guerre à Gaza : « L’émotion suscitée par la guerre à Gaza provoque une forte mobilisation » :

Cette colère, notamment chez les jeunes, fait craindre des débordements à Sonia Imloul, responsable d’une association à Saint-Denis.


Vous lisez ça, vous lisez un communiqué du CRIF pendant le massacre de Gaza en janvier 2009, vous avez du mal à trouver la différence entre les deux.

Mais plus récemment, le cheval de bataille de Sonia Imloul, c’est la polygamie. Je me souviens qu’à l’époque où, au lieu de faire chier l-islamiste-radical, on se contentait de faire chier les arabes-tout-court, on nous soulait déjà avec ça.

Comme l’a rappelé Libé, Sarkozy a déjà abordé le sujet en juin 2006. Sonia Imloul, l’ex-future-ministre, a donc repris le sujet. Ce qui devient en novembre 2009 une note du think-tank « Institut Montaigne », sous le titre « La polygamie en France : une fatalité ? ».

La lecture du rapport lui-même ne me semble pas totalement choquante.
On a bien une première phrase qui prétend que l’égalité homme-femme est le pilier de notre République, genre de fadaise qui inquiète toujours quand on va se mettre à dénoncer une anomalie importée par les immigrés ex-colonisés, et surtout une première partie consacrée à dénoncer un « déni statistique » qui annonce :

Cette méconnaissance statistique encourage tous les fantasmes et découragent [sic] ceux qui souhaiteraient pouvoir proposer des mesures d’ensemble pour venir à bout de cette situation.


Méconnaissance statistique qui n’interdit évidemment pas de tirer des conclusions et de proposer des solutions, au motif que « La polygamie n’est pas une fatalité ».

Un autre point étonnant pour le rapport d’un « think tank », c’est l’absence de description sur les sources et la méthode de l’enquête. Y a-t-il eu des femmes interrogées, combien ? Quelles associations ont témoigné, dans quelles conditions ? Quand l’auteur écrit :

Dans un certain nombre cas, je peux même témoigner que les femmes qui prennent la difficile décision de décohabiter ne reçoivent pas le soutien qu’elles méritent. On a, semble-t-il, décidé de baisser les bras et de renoncer à soutenir efficacement la décohabitation. Pourquoi ce renoncement et ce tarissement des moyens ?


on est face une grande imprécision. Combien de cas ? Qui est « on a décidé » ? De quels moyens parle-t-on quand on évoque « ce tarissement des moyens » ? L’État, les services sociaux, les départements, les municipalités, les associations ? Quels sont les moyens formalisés par quels textes, quelles circulaires ? Pour être clair : une journaliste de Marie-Claire connectée à l’internet vous pondrait exactement le même « article » en deux ou trois jours.

Les dix « propositions » ne sont pas choquantes, et même assez logiques, mais puisqu’on ignore l’ampleur de la question, la communication sur cette question peut être discutable.

Et, comme on le voit aujourd’hui, elle semble forcément discutable.

Après la publication de son rapport, Sonia Imloul donne une interview à TF1/LCI. La situation devient « alarmante », et on a des chiffres :

D’après les informations que j’ai pu recueillir, notamment auprès de la police, on en recenserait aujourd’hui entre 40 000 et 50 000. Si vous comptez une dizaine d’enfants par famille polygame, cela porte à au moins 400 000 le nombre d’enfants concernés par cette situation en France.

Chiffres qui ne figurent pas dans son propre rapport. Ça sent le doigt mouillé, là. Il y a des chiffres « sérieux » pour le rapport de l’Institut, et de nouveaux chiffres, beaucoup plus spectaculaires, pour TF1.

Nouvelles imprécisions (« généralement », « certaines »...) dans cette dénonciation sensationnelle :

Généralement, le problème est que ces femmes sont sans-papiers, elles n’ont pas d’existence. Certaines vivent séquestrées, sans compter le barrage de la langue et le fait qu’elles n’ont pas d’argent car c’est le mari qui touche les allocations familiales. Cela pose des problèmes évidents pour organiser une éventuelle “décohabitation”.


De quels moyens a bénéficié l’auteur de ce rapport de six petites pages pour rencontrer des femmes « séquestrées », établir l’ampleur d’un tel phénomène (forcément totalement occulte) et exposer la logique complète ?

Et le plus beau : « Vous demandez la création d’une enquête parlementaire... ».

À partir du moment où on est capable de créer une commission d’enquête pour 367 femmes qui portent la burqa, je pense que l’on peut trouver les moyens de s’intéresser au sort de ces d’enfants. Le sujet ne doit plus rester tabou.

Le fait que la Sarkozie a déjà pondu une première polémique à la con pour justifier le lancement d’une seconde polémique à la con est un argument logique imparable. (Dans l’absolu, je veux bien admettre qu’on s’intéresse à la question, mais le passage par une « commission d’enquête parlementaire » en ce moment est l’assurance de ne rien obtenir d’autre qu’un nouveau déferlement de haine raciste.)

[Ajouté mardi 27 mars] Arrivé à ce point, j’ai donc une « polémique » qui correspond exactement à un rapport réalisé récemment par une « militante associative » qui soutient, en toute indépendance, les lubies sarkoziennes. Je n’ai pas encore traité le lien entre Sonia Imloul et les manœuvres du gouvernement de l’Identitude nationale en matière d’immigration.

Il est très difficile de trouver des infos sur l’association qu’elle a fondée, Respect 93, qui ne semble pas avoir de site Web, et dont on ne parle dans la presse que pour mettre en valeur les déclarations de sa dirigeante. En revanche, j’ai trouvé un articulet du Parisien, de janvier 2004, qui établit le lien direct entre Respect 93 et le Collectif Respect :

C’est lors d’une rencontre organisée par le collectif Respect que Sonia Imloul a le déclic et propose de prendre la tête de l’association en Seine-Saint-Denis, le département qui l’a vue naître il y a trente ans.

Un version très différente est évoquée par une participante à un forum d’AuFéminin, citant en mars 2004 un article du Figaro magazine que je ne parviens pas à retrouver (si quelqu’un met la main dessus, je suis preneur) :


Respect riposte

Sonia Imloul, 30 ans, militante associative en Seine-Saint-Denis, est en colère. L’objet de son courroux : l’association Ni putes ni soumises. Certes, la cause défendue lui semble juste, car elle aussi a vécu la difficulté des jeunes filles qui évoluent dans un univers machiste où le mariage forcé et la violence conjugale sont trop souvent la règle. Plus jeune, se souvient-elle, on a voulu m’abandonner au prétexte que je suis une fille !

Seulement voilà, les égéries de Ni putes ni soumises adhèrent toutes au Parti socialiste. Fadela Amara, la présidente, est conseillère municipale PS de Clermont-Ferrand, et Loubna Meliane est membre du bureau national. Il risque donc de se passer la même chose qu’avec SOS Racisme, qui a longtemps fait partie du problème plutôt que de la solution.

Alors, avec Frédéric Bard, un ancien chanteur, elle a créé le Collectif Respect, qui revendique déjà 1 500 adhérents. Autant que Ni putes ni soumises, et sans l’aide des médias, souligne un militant. Respect veut rapprocher des populations qui s’ignorent ou qui se méfient les unes des autres. Quant aux filles, Sonia ne désespère pas de convaincre adolescents et jeunes adultes de les respecter davantage.

On a trop longtemps fait croire que “Nique ta mère” veut dire bonjour, affirme Frédéric Bard. Ainsi, pour les militants de Respect, les politiques seraient bien inspirés de rompre avec le show business associatif . Selon eux, les solutions doivent être mises en oeuvre par des acteurs de terrain et non par des intermittents de la compassion qui cherchent une place au soleil. On voit trop de mouvements populaires dans les médias, mais impopulaires auprès de ceux qu’ils sont censés défendre .

De fait, la participation de Sonia Imloul au Collectif Respect ne serait pas dû à une « rencontre » fortuite, elle serait directement à l’origine de l’association avec Frédéric Bard. (Ce point est cependant accessoire : l’important est que Respect 93 est une branche locale du Collectif Respect.)

L’appartenance de Sonia Imloul à la « majorité présidentielle » n’est pas un mystère :
— en 2009, elle figure sur la liste de Michel Barnier et Rachida Dati pour les Européennes,
— elle est présentée sur le site du Nouveau Centre en Seine-Saint-Denis,
— elle participe à la liste UMP-Nouveau Centre du 93 pour les régionales en 2010, avant de s’en retirer parce qu’elle n’est pas en position éligible.

C’était donc une militante associative particulièrement indépendante qui était allée, selon le Figaro, remettre une pétition à l’Élysée en décembre 2008.

Frédéric Bard, fondateur plus connu du Collectif Respect, est aussi un responsable UMP. Mais il ne faut pas le dire à la radio.

Le lien entre Respect et le ministère de l’Identitude est particulièrement problématique, car il concerne les magouilles gouvernementales autour des centres de rétention et l’aide aux réfugiés (tenter de se débarrasser de la CIMADE et du GISTI). En octobre 2008, le site « Combats pour les droits de l’Homme » indique que Frédéric Bard est « chargé de mission UMP du ministère de l’immigration », et s’interroge : « Le collectif “Respect”, un “faux nez” du ministère de l’Immigration ? » :

Il [Frédéric Bard] était aussi en 2003 délégué départemental-UMP de la Culture et militant dans le 17e — section dont Patrick Stéfanini, secrétaire général du ministère de l’Immigration, était alors le secrétaire.

Encore plus surprenant, à la lecture de ce document (cinquième semaine culturelle congolaise RDC du 21 au 30 juin 2008), il apparaît que Frédéric Bard serait aussi chargé de mission pour la RDC au Ministère de l’Immigration de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire

Le même site revient à la charge en avril 2009 : « Le collectif “Respect” est subventionné par le ministère de l’Immigration. Mais pour quoi ? ». La lecture de cet article est édifiante (rire ou pleurer ?). On y apprend encore que :

Maryse Lechesne, actuelle coordinatrice du collectif, se situe également dans la mouvance UMP. Elle figurait sur la liste UMP d’Île-de-France conduite par Jean-François Copé aux élections régionales de mars 2004. Et, outre ses responsabilités au sein du collectif Respect, elle est vice-présidente de l’association Vivent les femmes dont la présidente figurait au titre du parti radical (de Jean-Louis Borloo) sur la liste UMP du 14e arrondissement de Paris, pour les élections municipales de 2008.

Voilà. Je vous résume le truc ?
— Juin 2006, Sarkozy aborde le sujet de la polygamie. Vieux truc piqué à son mentor Pasqua.
— Sonia Imloul, qui dirige une association positivement connue des services du ministère de l’Immigration (l’association mère, au minimum, est subventionnée par ce ministère), pond un rapport pour le think-tank de Claude Bébéar sur le sujet en novembre 2009. Le truc est court, approximatif, non sourcé, sans méthodologie claire, et rencontre le désintérêt poli de la presse (sauf TF1/LCI et la galaxie des sites fachos et/ou ultra-sionistes).
— Malgré cela, Libération consacre un article (pas inintéressant) au même sujet en février 2010, signé Marwan Chahine. Article nettement plus documenté et sourcé que le « rapport » de Montaigne, rapport qui y est critiqué par deux spécialistes.
— Fin mars 2010, rumeur du remplacement de Fadela Amara par Sonia Imloul, dont les deux seules spécialités sont : (a) la détection des futurs auteurs de tournante dès la maternelle, phénomène que l’on pourra aisément résoudre en sucrant les allocs des parents, (b) la polygamie.

Je sais bien la peur maladive des journaleux pour les « théories du complot », mais il faudrait arrêter d’être naïf et de croire que des « polémiques » surgissent spontanément les unes à la suite des autres sur un sujet unique, que la communication « échappe » à des gens qui ont été élus uniquement grâce à leur maîtrise de la communication politique, et commencer à se demander :
— d’où viennent les sujets de ces polémiques ?
— comment se fait-il que chacun de ces thèmes soit annoncé, plusieurs mois à l’avance, sur les sites de la « réacosphère » (ultra-sionistes et fachos adeptes du Choc des civilisations et de la prochaine guerre civile en France) ?
— ça finira quand, et par quelle catastrophe ?

Est-ce que les journaleux sont en train de se rendre compte qu’ils s’interrogent aujourd’hui, comme s’il s’agissait d’une chose banale, sur la possibilité de déchéance de la nationalité française d’un individu ?

Au total, 3,1 % des 485 200 personnes naturalisées entre 1927 et août 1940 ont été dénaturalisées entre 1940 et 1944, soit 15 154 personnes ; 78 % des dossiers examinés concernaient des Juifs.
23 648 Juifs avaient été naturalisés de 1927 à 1940 (4,9 % du total des naturalisés). Fin août 1943, 30 % des Juifs étaient dénaturalisés (7 053 personnes).

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