Le Scarabée
Masquer la pub

SAMU social, ça m'émeut

par ARNO*
mise en ligne : 9 janvier 1997
 

SAMU social ? Tartuferie sociale, oui...

Vous les avez vus, notre premier ministre Juppé et notre ministre médical Barrot, avec leurs mines réjouies ? Tout fiers qu’ils sont, confits par l’autosatisfaction et la bonne graisse des réveillons, de vanter le génialissime SAMU social, nouveau symbole (le dernier ?) de la solidarité nationale et de l’Etat salvateur.

En voilà qui ne manquent pas d’air ! Le Juppé, il nous parlait déjà de justice quand il envoyait les matraques sur les sans-papiers, il nous parle encore de solidarité quand il allège l’impôt sur la fortune alors que le taux de chômage bat des records historiques. Et le Barrot, quand il demande aux hopitaux de ne plus accueillir d’étrangers en situation irrégulière, quand il laisse expulser des malades du Sida, quand il fait libérer des sidéens de prison à quelques jours de leur mort, parce que ça la fout mal, c’est de la solidarité, ça ?

Et là, ce SAMU social, c’est la cerise sur le gateau ! Mais de qui se moque-t-on ? Solidarité mon ˛il : ce n’est qu’un nouveau symbole de l’exclusion. Pour les ministres il y a la clinique privée à Neuilly, pour le peuple l’hopital public, pour les clodos le SAMU social.

Ce Juppé, c’est du fortiche ! Ca t’exclue les chômeurs de l’ANPE au premier motif venu pour limiter les chiffres officiels, ça laisse les maires interdire la libre-circulation des clochards (les arrêtés municipaux chaque été), ça te parle des fraudeurs du RMI pour mieux supprimer ces allocations, et aujourd’hui ça te vante le SAMU social.

Quelle ironie ! C’est vrai que c’est moche, un cadavre gelé de SDF au pied d’une HLM de luxe de la mairie de Paris. Avant, c’étaient les camionnettes de la préfecture qui chassaient le clodo dans le centre-ville, le passaient à la douche à Nanterre, et le laissaient rentrer à pied depuis la banlieue. Alors quel progrès que ce SAMU social. La même chose, mais avec un nom qui fait plus humain. Les exclus du système, maintenant ils ont droit, eux aussi, à leur SAMU ; non, pas au même SAMU que les braves français qui cotisent consciencieusement, mais à un SAMU tout de même.

Et tenez-vous bien : les mentalité ont changé, en mieux (d’après notre premier ministre), car les français ont le réflexe d’appeler la police pour venir en aide aux démunis. Le changement est flagrant. Avant : « Allo la police, vous pouvez venir me débarasser du clodo qui pue dans mon escalier ? ». Maintenant : « Allo le SAMU social, vous pouvez venir me débarasser du malheureux SDF qui pue dans mon escalier ? ». On le voit, les mentalités évoluent : alors que les français ont toujours pratiqué la délation anonyme avec un vague sentiment de culpabilité, aujourd’hui ils peuvent s’adonner à leur vice favori pour le bien des exclus. Bravo !

Depuis un mois, tous les matins, la radio nous annonce le décompte de cadavres frigorifiés qu’on a dû décoller du trottoire à coups de pic à glace. Avec, pour excuse, les statistiques européennes. Pendant ce temps-là, on trempe les restes de galette des rois dans le café chaud, et on attend l’énoncé de la qualité de l’air. Dans la quatrième puissance du monde (c’est encore ce que dit notre premier ministre), on meurt de froid et de faim sur le pavé pendant que d’autres se tartinent les parois gastriques à la frangipane. Autant dire que nous atteignons des sommets dans l’ignoble. Heureusement l’invention du SAMU social a permis de nous donner bonne conscience : baffrons, baffrons, l’Etat distribue des couvertures !

Lire aussi :